« Tu l'as trouvé, ami,
ton chemin de Damas.
Et te voici enfin au terme du voyage.
Parmi ces dalles fleuries qui chantent
sous le soleil
un chant plus fort
que l'incendie soudain de la mangrove.
Au crépuscule. »
Guy TIROLIEN
Ecrivain
« Il ne m'appartient pas de parler du poète, mais il me plaît de livrer quelques réflexions que m'inspire son itinéraire d'apôtre de la négritude.
Sans doute convient-il d'abord de s'arrêter à des définitions de la négritude formulées par les apôtres eux-mêmes.
Pour Césaire, la négritude est : « La conscience d'être noir, simple reconnaissance d'un fait, qui implique acceptation, prise en charge de son destin de Noir, de son histoire et de sa culture ».
Pour Senghor : « Il en est de l'indépendance comme de la négritude. C'est d'abord une négation, je l'ai dit, plus précisément l'affirmation d'une négation. C'est le moment nécessaire d'un mouvement historique: le refus de l'Autre, le refus de s'assimiler, de se perdre dans l'Autre. Mais parce que ce mouvement est historique, il est du même coup dialectique. Le refus de l'Autre, c'est l'affirmation de soi. »
Damas, lui, dans aucun des textes de l'époque n'emploie le mot « négritude ». Sa négritude est un concept, une entité, une pulsation quotidienne, lancinante, qui sourd du personnage tout entier et de son oeuvre.
« C'est un Nègre... Damas est un Nègre et tient à sa qualité et à son état de Nègre ». Mais Damas est un Nègre blessé, en exil dans son propre corps. Ce sentiment est exacerbé par une éducation bourgeoisie policée, qu'il rejette, ainsi que tout ce que l'Europe lui fit avaler à lui et à ses ancêtres.
Pour Damas, la négritude consiste essentiellement à refuser l'assimilation (culturelle, politique) qui faussait sa spontanéité et à « défendre sa qualité de Nègre et de Guyanais ». »
Gabriel LISETTE
Vice-président de la Fondation
Houphouët-Boigny
Paris
«Damas n'est pas mort. Il a inscrit sur le sinistre mur du colonialisme ses Graffitis, avec son écriture acérée, avec son rythme saccadé de Tambour. N'Goka et ses mots sont plus cristallins que l'alcool, ils gouttent dans la chair du poème comme le doigt mis sur la plaie.
Damas est mort, il a été ce qu'il a fait, il a fait de la poésie, mais qu'on y prenne garde, Damas par-delà sa mort nous leste d'un héritage de subversion et d'indignation dont il faudra nous acquitter. Nous ne pourrons pas être impunément les fils ou les petits-fils de Damas, tant son oeuvre traque notre mauvaise conscience et la leur. »
Pépin ERNEST
Ecrivain
Directeur du Service Culturel du Conseil Général de Guadeloupe
Extrait de « Hommage posthume à Léon-Gontran DAMAS » Présence africaine, 1979.
« Cependant, nous ne nous contentions pas de vitupérer la théorie de l'assimilation, chère non seulement au pouvoir colonial, mais aux docteurs de la Sorbonne. Missionnaires pleins de foi, nous étudiants, tous les Nègres de l'Afrique et de la diaspora. Nous entendions prouver le mouvement en marchant, et la négritude en écrivant des oeuvres nègres.
Des « trois mousquetaires » que nous étions, Léon Damas, Aimé Césaire et moi-même, c'est Léon Damas qui, le premier, illustra la Négritude par un recueil de poèmes qui portait, significativement, le titre de Pigments, car cette poésie conservait toutes les qualités de l'oeuvre nègre : images symboliques et rythmes faits de parallélismes asymétriques, mais encore humour. Cet humour nègre, point noir, car réaction et revanche du réel, la vie.
Signé : Léopold S. Senghor
« C'est un sentiment d'injustice et une impression diffuse de non-reconnaissance qui sont les motifs de cette recherche bio-bibliographique sur le poète guyanais L.-G. Damas, fondateur de la Négritude avec Césaire et Senghor.
Bien qu'avec Pigments, sorti en 1937, Damas fut le premier poète de ce courant à être publié, son apport reste encore quelque peu méconnu, malgré l'originalité de sa poésie et son grand talent de prosateur, dont il usa dans un pamphlet contre le colonialisme français en Guyane (Retour de Guyane, 1938).
Damas n'a pas seulement été un militant de la négritude, il fut aussi homme politique et participa activement à l'évènement diachronique des indépendances africaines.
Député de la Guyane de janvier 1948 à juin 1951, de nombreux documents parlementaires sous forme de rapports, de propositions de résolutions et de propositions de lois attestent de l'intensité de son activité. »
Christian ROLLÉ et Jean-Claude LOUBET
Docteur en Médecine Economiste
Poète Directeur de société privée