Hommage Damas 2007
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L'institut Dandarah
L'Origine du Projet
L’Institut Dandarah a demandé à Christiane TAUBIRA, Députée de Guyane, dans quel esprit et avec quels objectifs elle a initié ce Symposium international d’hommage à Léon-Gontran DAMAS.



 

I.D. : Tous les lycées participent à cette manifestation, publics, privés, d’enseignement général ou professionnel, et même des établissements professionnels ou pour jeunes adultes, puisque le lycée agricole de Matiti, le lycée des métiers de Balata et le Centre de Formation des Apprentis y sont également. C’est votre Inter-lycées littéraire ?

C.T. : Ce fut pour moi un grand bonheur de rencontrer aussi spontanément l’adhésion des Proviseurs et des Professeurs référents. Lycéens et Enseignants ont travaillé en-dehors de leurs horaires de cours. Ils ne seront pas spectateurs en cette journée, mais acteurs puisqu’ils ont relevé le défi de présenter des travaux devant d’autres adolescents et devant des adultes, cette manifestation étant publique. J’estime que l’intérêt montré par tous les types d’établissement doit se lire d’abord comme un hommage à Damas lui-même.

I.D. : Ce n’est donc pas pour eux une aubaine de sortie, une occasion de filer hors de l’établissement ?

C.T. : Pas du tout ! Mes équipes sont en contact régulier avec les Référents des établissements depuis plusieurs semaines et je peux vous dire que ça carbure. Tout cela est préparé avec beaucoup d’enthousiasme et un grand sérieux. Nous avons dû malheureusement limiter le nombre d’établissements présentant des travaux. La seule raison est le manque de temps et j’en suis bien malheureuse. Cependant, je suis ravie qu’à côté des lycées d’enseignement général, habituellement performants sur ce type de sujets, des lycéens dont le programme fait moins de place à la littérature y ont souscrit, j’allais dire avec ‘frénésie’ pour reprendre un beau poème de Damas.

I.D. : Vous écrivez dans votre éditorial que « cet hommage n’est pas le premier ». En quoi celui-ci est-il particulier ?

CT. : Il l’est par l’esprit et l’état d’esprit, par le contenu et les conférenciers, par les dimensions internationale et générationnelle délibérément privilégiées. Sur l’esprit, cette manifestation est conçue comme une célébration, à la fois de la grande diversité dans les formes d’expression et la grande unité dans la pensée de Damas. Le poète est un peu connu, mais le prosateur incisif, le conteur hors pair, le parlementaire acerbe et tranchant sont encore largement à découvrir. Or, il y a une grande cohérence dans ces expressions très disparates. Nous mettons en lumière cette cohérence. Sur l’état d’esprit, je sais notre mémoire collective clairsemée, sur notre Histoire, nos grands personnages et même sur les initiatives que prennent les uns et les autres. Je mets un point d’honneur à inscrire mon action dans la trajectoire de ce qui l’a précédée, et que je salue de cette façon. Quant au contenu, j’ai voulu trois grands temps forts et une surprise. Premier temps fort : les messages du Président de l’OIF et du Directeur Général de l’Unesco, suivis de l’allocution de son Excellence M. Mathar M’Bow. C’est l’hommage international. Puis, les lycéens entrent en scène et disent librement, sous la forme qu’ils ont choisie (exposé, vidéorama, spectacle vivant, exposition, etc) ce qu’ils comprennent et retiennent du poète, à leur âge et à leur époque. Ils le resituent dans l’espace et dans le temps, puisque les travaux présentés porteront sur son œuvre, mais aussi sur Césaire, Senghor, la Négritude, la Créolité et la diversité culturelle, reliant Damas au courant littéraire et social qu’il a fortement contribué à formuler. Enfin, deux conférenciers donneront aux lycéens et au public des clés pour mieux saisir les subtilités et les contradictions de l’homme, ses combats intimes contre lui-même et ses combats publics, rudes. Nous avons à dire nous-mêmes, donc une conférencière est Guyanaise. Nous sommes curieux du regard des autres, donc un conférencier vient d’une Université de New York. Quant à la surprise, c’est pour le 30.

I.D. : La dimension internationale semblait vous tenir à cœur, le Comité d’honneur en témoigne. Vous avez sollicité des personnalités prestigieuses, dont certaines sont inattendues dans ce domaine ?

C.T. : Oui. J’ai voulu placer cet hommage à la hauteur où Damas a su se hisser par son œuvre et ses engagements. Je suis très fière que les personnalités sollicitées aient accepté. Quant aux personnalités inattendues, comme vous dites, j’ai tenu à leur présence pour mettre en évidence l’envergure universelle des combats de Damas. C’est la preuve que plus on est enraciné en son lieu, en sa terre, plus on s’épanouit dans sa culture, et plus on est en résonance avec l’humanité, avec les hommes, tous les hommes, toutes les femmes soucieux de dignité et de fraternité.

I.D. : C’est aussi à cette hauteur que vous avez voulu le haut-parrainage de l’OIF et de l’Unesco ?

C.T. : Franchement oui. Il arrive que l’Unesco accorde son patronage à diverses manifestations d’importance inégale. C’est normal pour une Institution internationale qui rayonne sur des questions aussi essentielles que l’Education, la Culture, les Sciences. Mais pour Damas, j’ai voulu un autre niveau d’implication. C’est ainsi que les sommets eux-mêmes se sont engagés par un haut-parrainage de la manifestation, par une grande disponibilité qui nous a permis de tenir plusieurs réunions pour mener vraiment cette opération en partenariat, et par les éditoriaux signés personnellement par le Président de l’OIF et le Directeur Général de l’Unesco.

I.D. : Vous disiez que vous avez délibérément privilégié la dimension générationnelle, vous le marquez par la participation de tous les lycées, sans exception ni exclusion ?

C.T. : Bien sûr. Mais surtout en leur donnant la parole, en inscrivant cette rencontre dans le présent et l’avenir. L’œuvre de Damas doit entrer dans les écoles. Parce qu’elle le mérite du fait de ses qualités littéraires, mais surtout parce qu’elle est émancipatrice, qu’elle aide à construire un autre rapport avec la liberté, la dignité, avec notre Histoire et notre pays.

I. D. : C’est une préoccupation partagée, vous croyez ?

C. T. : L’attachement à ces valeurs de liberté et de dignité, le souci d’extraire de l’Histoire des enseignements émancipateurs pour la conscience et l’esprit, afin d’aider les jeunes pousses que sont nos enfants à fleurir en responsabilité, sont incontestablement partagés par les membres du Comité de Parrainage. Je suis très très fière de ce Comité. Il est constitué de personnalités qui ont de très beaux parcours de vie et qui perçoivent leurs singularités et leurs différences non pas en compétition avec les autres mais en complémentarité. Leur présence dans ce Comité est un très beau message pour la jeunesse. Et la forte implication du Recteur est un bon gage pour l’avenir.

I.D. : Puis-je vous dire que vous vous animez particulièrement lorsque vous parlez de la jeunesse ?

C. T. : C’est qu’elle-même me procure tellement de bonheur ! Les jeunes sont des promesses qui se tiennent. Quels que soient nos rêves, nos utopies, nos désirs de surpassement, il y a toujours un ou des jeunes pour leur donner chair. Et lorsqu’ils flanchent, pour peu qu’on se souvienne qu’ils ne sont qu’au début de leur vie et que rien n’est définitivement joué pour eux, et qu’on leur fasse confiance, ils réalisent des merveilles.

I.D. : C’est cette confiance qui vous a inspiré ces cadeaux de livres ?

Que peut-on offrir d’infiniment précieux à de jeunes esprits aussi foisonnants qu’une belle terre humide et fertile ? Des livres, bien sûr. Pour eux, j’en ai demandé à nos partenaires. J’ai choisi des livres puissants par les mots, les pensées, les images et les paysages, des livres qui transmettent la force de la connaissance et instruisent sur l’esthétique des cultures. Je leur ai pris aussi la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen. Les affiches et les livres seront également offerts aux CDI des Collèges. Ce sont donc mes ‘Pleins cœurs’. J’ai prévu par ailleurs des ‘A-côtés magiques’ avec une exposition des œuvres magnifiques du peintre José Legrand, et des intermèdes musicaux et envoûtants par Kris Combette.

I. D. : Qu’est-ce qui peut vous arrêter ?

C. T. : Ecoutez, si je pouvais, j’aurais fait davantage encore. N’ayant pas de Collectivité, donc pas de budget, je suis obligée, lorsque je monte une opération aussi lourde et aussi variée, de rechercher des financements, des partenaires et de faire beaucoup, beaucoup à l’huile de coude. Par chance, j’ai une équipe d’Assistantes et une équipe de Bénévoles qui se sont passionnés pour cette double manifestation et qui s’y vouent corps et âme. Ces équipes fournissent un travail fabuleux. Du coup, nous économisons beaucoup de prestations.

I. D. : Vous parlez d’une double manifestation, allusion à votre Séminaire international sur le foncier ?

C. T. : Oui. Toujours dans l’esprit, non pas de vénérer Damas mais de restituer l’unité de son œuvre et de ses engagements. L’homme avait ses contradictions, et c’est tant mieux, cela donne de l’épaisseur à son étoffe humaine. Le lien entre les deux manifestations est indiqué par une très belle citation de Damas sur la terre que nous avons reproduite sur l’affiche ‘Foncier’, avec des clins d’œil sur le livret de la journée ‘Damas’. Un va-et-vient qu’illustre également la veillée culturelle du vendredi soir, en jonction des deux journées. Mais sur la journée foncière, le coordinateurs, Joël Pied et Eric Lafontaine vous en diront plus.

I. D. : Des lendemains pour Damas ?

C. T. : Oui, des lendemains qui construisent, bâtissent, prospèrent sur ses hiers qui furent si douloureux. Damas est resté muet jusqu’à l’âge de six ans. Ce fut peut-être une souffrance et un refus d’un monde qu’il pressentait d’une extrême violence. Lydie Ho Fong Choy Choucoutou nous en parlera. L’homme était à la fois vindicatif et sensible. Ses évocations poétiques sont rendues tangibles par les mots et le rythme. C’est le même qui écrit ‘le dégoût s’ancre en moi aussi profondément qu’un beau poignard malais’ et qui ajoute ailleurs ‘Pardonne à Dieu qui se repent de m’avoir fait une vie triste une vie rude une vie âpre une vie dure une vie vide’. C’est aussi lui qui gémit ‘J’ai l’impression d’être ridicule parmi eux égorgeur les mains effroyablement rouges du sang de leur civilisation’ et qui pourtant, termine son recueil Pigments et Névralgies par ‘Il n’est plus bel hommage à tout ce passé à la fois simple et composé que la tendresse l’infinie tendresse qui entend lui survivre’. Et j’ai une tendresse particulière pour Damas l’amoureux, transi, capable d’avouer ‘Aimer tout comme hier que sans frapper elle ouvre entre comme jamais personne d’autre’. Il éclate de vie !


 

 

 

 

 


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